Au paradis de la contre-culture, elles sont devenues incontournables. Furieusement tendance, même. Aujourd´hui, les investisseurs californiens ne jurent plus que par les cleantechs – les technologies vertes, ou propres. Elles permettent de se déplacer et de se chauffer en émettant moins de CO2, de consommer nos ressources naturelles plus efficacement, d´éviter les gaspillages, de recycler les déchets. Après le mouvement hippie, puis la déferlante de l´informatique, une nouvelle révolution est en marche en Californie : une révolution technologique et écologique.
Le creuset de cette révolution écologique se trouve – cela ne surprendra personne – dans la Silicon Valley. Ces dernières années, des centaines de start-up axées sur les écotechnologies y ont vu le jour : dans l´éolien, le solaire, les transports… « Les cleantechs correspondent exactement à ce qui fait la force de la Silicon Valley : d´importants programmes de recherche, des talents scientifiques adaptés, une main d´oeuvre compétente et bien formée », estime Vinod Khosla, ancien fondateur de la société informatique Sun Microsystems et aujourd´hui l´un des investisseurs les plus influents dans ce domaine.
Les cleantechs, des capteurs de dollars
Exemple emblématique de ce mariage entre business et recherche, l´histoire de l´entreprise Synap-Sense, une start-up créée en 2006. Basée à Folsom, SynapSense a investi le marché prometteur des capteurs sans fil : de minuscules instruments qui mesurent la température, l´humidité, la pression atmosphérique, et transmettent l´information par signal radio à un ordinateur. Leur usage ? Infini. Ils peuvent réguler la température des systèmes d´air conditionné ou de chauffage, surveiller les signes vitaux d´un patient dans un hôpital ou encore vérifier le taux d´hygrométrie d´une terre afin de déclencher son arrosage au bon moment. À condition d´avoir un bon réseau sans fil, ces capteurs permettent de contrôler et de moduler à peu près toutes les technologies consommatrices d´énergie. Aujourd´hui, SynapSense est devenue l´une des entreprises les plus florissantes de la Silicon Valley.
Qui se cache derrière cette réussite ? D´abord, un businessman aguerri. Derrière son bureau de directeur du marketing d´Intel, Peter Van Deventer, bouc soigné et sourire conquérant, rêvait de créer son entreprise « verte ». Pendant ce temps, dans un laboratoire de l´Université de Californie, le professeur Raju Pandey donnait naissance à une nouvelle génération de réseaux de capteurs sans fil. En mai 2006, les deux hommes s´associent pour créer SynapSense. Le troisième homme, Corley Phillips, arrive en 2007 : il met sur la table plus d´un million de dollars. Cofondateur de la compagnie de capital-risque American River Ventures, ce financier est l´un des premiers à avoir flairé le potentiel des cleantechs. Pour lui, les réseaux de capteurs sont « the next big thing » dans l´histoire de notre révolution technologique. Il leur prédit d´ailleurs « un développement plus important que celui des téléphones mobiles ». L´histoire semble lui donner raison : deux ans après sa création, SynapSense affiche une croissance de 150 % par an. En janvier dernier, la société a même levé 11 millions de dollars.
Comme Corley Phillips, les investisseurs croient désormais dur comme fer à ce nouveau marché. D´après CleanEdge, un cabinet d´études américain, entre 2006 et 2007 les investissements dans ce secteur ont fait un bond de 70 % pour atteindre 2,7 milliards de dollars – soit 9 % du total des investissements de capital- risque aux États-Unis. Pas mal, pour un marché tout juste naissant.

Photo : Tehachapi, Californie, Over by Alex Maclean
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