
Quelle drôle d'idée, en 2010, que celle de créer une Silicon Valley en Europe ! Alors que personne n'est encore parvenu à en recréer ailleurs les conditions ; que l'attrait de l'Europe réside dans ses villes et leur histoire ; que la technologie se tisse de plus en plus dans les mailles du quotidien, des métiers, des lieux : c'est maintenant qu'il nous faudrait créer un milieu artificiel, sans histoire, séparé de la société ?
La voie européenne vers les technologies du futur doit se tracer dans un lien intime avec la société, en faisant de sa diversité un atout plutôt qu'un archaïsme honteux. Une Silicon Valley européenne née de nulle part, architecturellement et culturellement neutre, ne présenterait aucun intérêt : pourquoi préférer la copie à l'original ?
Isolons les souches de la Silicon Valley et dispersons-les en Europe. Ouvrons grand les systèmes d'innovation. Encourageons la mobilité des hommes et finissons-en avec cette folie d'une Europe fermée aux jeunes des pays émergents. Créons des incubateurs dans les lieux de culture, des labos dans les zones d'activité, des ateliers dans les universités, des lieux ouverts où partager ses idées à pas d'heure. Aidons les innovateurs à trouver de l'argent, mais aussi des testeurs et des clients. Encourageons toute la société à bricoler et détourner les technologies. Lions le marchand et le non-marchand... Toutes choses qu'un ghetto doré pour technologues ne saura pas accomplir.

La Silicon Valley porte en elle une dose importante de fantasmes, qui en donnent une vision déformée, vue de loin, et notamment d’Europe. On perçoit la Silicon Valley comme un creuset d’alchimiste qui serait capable d’auto-générer de l’innovation grâce à une formule magique, souvent résumée sous la forme de clichés. Les succès de HP, de Cisco, de Sun, d’Apple, de Google…les Twitter et les Facebook, font rêver. On cherche la recette pour la dupliquer.
En mentionnant le fameux triptyque Université/Capital Risque/ Entrepreneurs, et en ajoutant le réseau (le fameux network) pour faire le liant, on pense avoir la fameuse formule. Tenter de la dupliquer est difficile, mais tentant. Et si cela ne suffisait pas ? Car l’essentiel de la Silicon Valley tient peut être à sa culture si particulière. Cette culture que le journaliste du New York Times John Markoff a si bien analysé (What the Dormouse Said : How the 60's Counterculture Shaped the Personal Computer Industry, Penguin, 2005), et dont il montre parfaitement qu’elle est un savant mix de contre-culture hippie, et d’une approche originale du monde des affaires et de la collaboration. C’est elle qui fait le terreau de l’esprit d’innovation de la Silicon Valley, et elle n’est pas reproductible.
Une Silicon Valley européenne ne pourra naître que si l’Europe promeut, et sait valoriser, une vraie culture de l’innovation. Un challenge passionnant pour une Europe qui se construit.

Nos sociétés occidentales sont en train d’entrer de plein pied dans l’économie de la connaissance, et nous allons assister à une réindustrialisation d’un nouveau genre, dans une économie où la propriété intellectuelle tiendra un rôle croissant par rapport aux biens manufacturés. Une telle mutation est indispensable pour créer des emplois de qualité, maintenir notre niveau de vie, et garantir une croissance durable qui ne soit pas le résultat de bulles spéculatives destructrices pour le plus grand nombre.
Cette nouvelle donne nécessite des outils appropriés, notamment des investissements massifs dans l’éducation, la recherche et l’innovation. L’Europe est très bien placée pour la qualité de son enseignement, mais ses entreprises innovantes sont très dispersées, notamment géographiquement, et la politique des « clusters » virtuels montre ses limites.
Il est indispensable de créer très rapidement des « lieux physiques » bien identifiés permettant de rapprocher les start-ups, les entrepreneurs et leurs collaborateurs, pour atteindre la masse critique qui permet cet « effet d’entrainement » qui est la marque de fabrique de la Silicon Valley. Ces lieux devront également être « marketés » au niveau international, ce qui est un objectif à plus long terme. Il ne manque pas grand chose pour amorcer le processus : qu’attendons-nous ?

La Silicon Valley n’est pas industrielle. Silicon, puis logicielle, réseau, biotech, plus récemment « green » et « clean » : elle est la Mecque de l’innovation, le lieu où les idées, les capitaux et le marché convergent. Le soleil se lève à l’ouest.
La Silicon Valley est culturelle ! Il s’agit d’abord de comprendre comme sur les sublimes campus de Berkeley et de Stanford que l’innovation est dans l’action, et que le meilleur soutien au progrès, c’est offrir aux créateurs les meilleures conditions de leur épanouissement. C’est de l’optimisme, de la confiance qui se développent sur une humilité certaine, sans complaisance : comment imaginer que les experts identifiés aujourd’hui soient nécessairement ceux de demain ?
L’innovation doit enfin, surtout, revendiquer le statut de culture populaire : il ne s’agit pas que de science et d’économie. La musique a bien eu sa fête, ses Zeniths, ses salles de répétition, ses rock stars. Dans la Silicon Valley, l’innovation a les siens.
Alors, si l’innovation devient objet culturel, nous aurons les conditions et le public qui créera et… reconnaitra sa Silicon Valley en Europe. C’est un enjeu pour tous sur un territoire, ce n’est que tous ensemble que nous pouvons la construire et donc je ferais plus confiance à ma gardienne qu’à un ministre pour l’annoncer !

Faut-il une Silicon Valley française voire européenne ? Peu d’hommes politiques, de quelque bord politique qu’ils soient, n’osent questionner ce mythe de la transposition de la Silicon Valley en France ou en Europe. Faut-il sérieusement rassembler dans un espace géographique délimité des laboratoires, des entreprises, des bailleurs de fonds ? Rien n’est moins sûr !
La France a démontré dans le domaine du numérique de très belles réussites qui ne sont pas « territorialisées » (Catia de Dassault Systèmes, Kelkoo, Business Object, Pixmania, vente-privée.com, etc.). Ce qui manque aux start-ups françaises, c’est une capacité à s’imposer sur la scène mondiale à l’instar des nombreuses start-ups californiennes, dont Google est l’archétype. Dès lors, la question est plutôt : que manque-t-il à notre continent pour imposer ses innovateurs sur la scène mondiale ? Est-ce un regroupement territorial de type cluster ou pôle de compétitivité mondiale qui donnera plus de chances de réussite à nos start-ups ? On peut sérieusement en douter.
Il vaudrait mieux s’intéresser aux freins ou obstacles qui empêchent nos innovations de s’imposer sur la scène mondiale. Est-ce une question culturelle, managériale, politique ? Certainement un peu des trois.
Le caractère Jacobin voudrait croire qu’une concentration extrême de moyens au sein d’institutions scientifiques et techniques peut à elle seule reproduire le modèle de développement de la Valley. C’est oublier qu’à cet endroit la création de valeur est assurée par une classe unique de capitaux risqueurs souvent issus des institutions précédentes.
Cette origine, au delà des simples facilités d’interactions qu’elle autorise assure le fond de culture scientifique qui permet par exemple de parier très tôt sur le potentiel d’une équation ou d’un algorithme. Ce second ingrédient est essentiel et contrairement au premier il ne se décrète pas. En France, même si la formation scientifique de base reste la voie d’excellence pour l’ensemble des carrières, il subsiste une profonde séparation entre le monde de la recherche et celui de l’entreprenariat.
Aussi, à l’heure où la Valley se réinvente aux travers d’investissements massifs dans les green-techs, une Silicon Valley à la française ne sera possible qu’au prix d’un rapprochement volontaire des principaux acteurs.

Cela fait longtemps que beaucoup rêvent de dupliquer l’exemple de la Silicon Valley en Europe, et en France en particulier comme le montrent les expériences de Sophia Antipolis ou, plus récemment, de l’évolution du plateau de Saclay. Pourtant, l’exemple américain devrait nous rappeler qu’on ne décrète pas la réussite d’un territoire à partir du sommet de l’Etat.
Un territoire, cela se travaille avec beaucoup d’énergie et de patience. Il suffit de voir comment une ville comme Issy-les-Moulineaux a doublé le nombre de ses emplois en quelques années, en accueillant des acteurs majeurs de l’économie numérique, comme Cisco, HP, Orange Lab, Microsoft et de nombreuses start up dans leur sillage.
Issy est l’une des rares villes à pouvoir s’enorgueillir d’avoir plus d’emplois que d’habitants. Issy s’inscrit pourtant dans un territoire beaucoup plus large, englobant la capitale et l’ouest parisien, où se concentrent les décideurs, et le plateau de Saclay, où se concentrent les grandes écoles. Après tout, 80 km séparent San Francisco de San José, la capitale de la Silicon Valley. C’est à cette échelle qu’il faut raisonner, selon moi.

Des Valley il y en a déjà pleins : Mecanic Valley, Cosmetic Valley, toutes sortes de clusters et autres pôles de compétitivités, mais pas de Silicon Valley à l'horizon ... Outre que je n'aime pas les copier-coller, je crains que la greffe soit difficile.
Au pays de Schumpeter, la Valley s'inscrit dans le renouvellement permanent, alimenté par un enseignement de haut-niveau qui valorise l'entreprenariat, un capital-risque dynamique et de grandes firmes terreaux de talents. En Europe, nous sommes Keynesiens et pas spécialement enclin à brûler nos vaisseaux. En France, l'école et l'université se soignent, mais ne sont pas encore marqué par la fièvre de l'entreprenariat.
Aux lieux, je préfèrerai les réseaux et les points de rencontre qu'ils suscitent. J'apprécie pour ma part LIFT et je pense au Le Web de Loïc Le Meur. Il faut déjà gagner en visibilité et en réseaux, structurer l'économie digitale européenne pour espérer inventer la Valley d'ici. En attendant : tenacité et patience ...

Décidément l’Europe aime bien aller chercher ses modèles aux Etats-Unis... Il faut dire que nous avons-nous-mêmes beaucoup œuvré en faveur d’un Small Business Act européen. Mais en traversant l’Atlantique, le dispositif américain s’est considérablement vidé de sa substance, et en particulier les 23 % de marchés publics attribués aux PME.
Heureusement il y a aussi un verre à moitié plein, puisque cette impossibilité de transcrire directement le schéma américain nous a amenés à créer un dispositif original, le Pacte PME, tous comptes faits plus adapté à notre culture européenne. En sera-t-il de même avec la Silicon Valley ? Je le crois.
L’Europe développe actuellement un modèle original de clusters de pôles, basé sur les structures collaboratives créées localement et qui me semble répondre aux besoins d’échanges à la fois locaux et globaux. Un modèle plus adapté à notre culture et à notre acquis, qui rendrait particulièrement ardu la sélection d’une zone géographique pour cette Silicon Valley.

Une vallée permet de faire couler les eaux vers l’océan que montagnes, glaciers, pluies procurent pour fertiliser plaines, villes et prairies. Il est toujours intéressant qu’une expérience réussie devienne un modèle, qu’une réussite financière et humaine soit perçue comme matrice mondiale.
La Silicon Valley s’est crée en un temps où le « nuage numérique » n’existait pas. Elle participe certes à son développement mais le partage d’informations, de compétences, d’idées que la société de la connaissance produit en ces années 2010-2015 doit sans doute permettre aux décideurs politiques, économiques et universitaires de penser autrement la travail sur un site de type californien.
La circulation éclatée de notre monde numérique doit permettre à des lieux éloignés de construire les nouveaux produits et comportements de notre société à venir. Oui aux partages même si les acteurs ne sont pas physiquement voisins. C’est l’application plausible de la création due à l’extension de la culture des réseaux sociaux. L’objectif est sans doute d’utiliser au mieux l’univers immatériel qu’offre les capacités du numérique.
Fascination pour la Silicon Valley… de Pékin à Saclay, l’ambition affichée de dupliquer. Concentration de la recherche, entreprenariat, financement de l’innovation, culture du risque…et finalement si l’on oubliait un élément essentiel, qui fait le « génie du lieu », le plus difficile à transposer. Avant d’être le royaume des « garages de l’innovation», la « Bay » a beaucoup donné dans les « paradis artificiels ».
Il y a eu le printemps des fleurs. Ce n’est pas seulement l’ordre établi technologique qui est contesté, pour partie renversé. L’expérimentation a été, est aussi politique, sociale, écologique…des révolutions minuscules comme le disait la revue Autrement il y a 20 ans, mais qui font système. Le creuset créatif où se dessinera la sortie de crise se situe dans cette rencontre.
Innovation sociétale et technologique ensemble : en Europe les pays nordiques montrent aussi la voie. L’enjeu est essentiel pour la métropole francilienne qui a tant d’atout pour réussir à sa façon le mélange : ne pas enfermer les ingénieurs et les technophiles, mais les libérer, les immerger avec les créatifs, quelque part entre Paris et banlieue. « E=MC2 mon amour » !

Une Silicon Valley en Europe? C’est possible, mais à trois conditions. La première est de créer un environnement géographique similaire à la Silicon Valley, où grandes entreprises, PME innovantes et meilleures universités cohabitent au même endroit pour développer des programmes de recherche de pointe. Le projet « Campus du plateau de Saclay » en France, visant à créer un pôle scientifique de niveau mondial, est dans ce sens encourageant.
La deuxième condition est un changement profond de culture : aux Etats-Unis, les entreprises collaborent régulièrement avec des laboratoires de recherche dans tous les domaines : sciences ; management et sciences humaines. En Europe, le mélange des deux mondes est plus complexe, des réticences existent des deux côtés. La clef de la réussite est donc dans un changement culturel où mondes académiques et industriels n’hésitent plus à travailler ensemble.
Enfin, il faut attirer les meilleurs chercheurs mondiaux, ce qui suppose une réflexion sur les incitations financières pour les faire venir. Aujourd’hui, les écarts de rémunération entre les Etats-Unis et l’Europe n’incitent pas les bons chercheurs étrangers à s’installer en Europe.

Face à ce projet régulièrement évoqué, il paraît tout d’abord nécessaire de rappeler que la création d’un tel pôle ne se décrète pas. Les politiques publiques peuvent aider, accompagner, faciliter les coopérations entre partenaires académiques et entreprises, mais l’initiative doit reposer sur des partenaires locaux.
Par ailleurs, dans la curieuse alchimie qui a rendu possible la Silicon Valley californienne, il y une dimension essentielle qui est insuffisamment évoqué en Europe : le partage d’une vision du monde commune. Dans les années 1970, une partie des informaticiens universitaires estimait, comme les hackers, que l’informatique pouvait devenir un outil de masse et que cette technologie pouvait s’inscrire dans une société moins hiérarchique, plus coopérative, donnant plus de responsabilité à l’individu.
Vingt ans plus tard, une nouvelle conviction apparaît, les technologies numériques vont révolutionner notre société, une nouvelle économie est en train de naître. Cette vision est largement californienne, et ce n’est pas un hasard, si Wired a été édité à San Francisco. Ce n’est pas à Bruxelles ou à Paris qu’on lance une Silicon Valley européenne, mais d’abord dans les têtes d’acteurs qui partagent une même vision de la technologie.
Le débat actuel sur le Grand Paris montre à quel point une Silicon Valley en Europe fait nécessité.
Mais que penser de politiques publiques encore essentiellement basées sur la logique de clusters territoriaux, à l’heure où dématérialisation des produits et de la chaîne de production, la montée en puissance du cloud computing, du saas, du paiement à l’usage, des réseaux sociaux et des usages participatifs, placent peu à peu chaque individu au centre de la chaîne de valeur ?
Pour s'adapter à cette révolution, la Silicon Valley du XXIème siècle doit être pensée avec ses excroissances virtuelles, et l’Europe peut jouer une magnifique carte dans ce domaine. Après avoir investi sur les infrastructures réseau, elle peut innover dans la création « d’espaces immatériels humanisés », maillant sphère publique et monde de l’éducation, de la recherche et de l'entreprise.
La convergence des technologies 3D, du web 2.0, des outils d’accès à la connaissance et de géo localisation, esquisse le formidable potentiel qu’offrent les nouvelles formes de « territoires augmentés », qui superposeront aux clusters territoriaux l’infinie plasticité des espaces virtuels.
Locale et globale, réactive et ouverte, la Silicon Valley du futur sera alors à même de relever tous les défis ... si elle investit sur la dimension humaine, partageable et créative de la sphère virtuelle.

La Silicon Valley ne procède pas d’une alchimie complexe, datée et localisée qui en ferait un eden de l'innovation technologique non reproductible. Pour preuve, côté Est des Etats-Unis, une autre « vallée » existe. Moins médiatisée : elle est aussi impressionnante de créativité technique et de vitalité entrepreneuriale : c'est "la route 128".
Quel socle commun à ces deux pôles au dynamisme si enviable ? Des centres universitaires et de recherche parmi les plus réputés et performants : Berkekey, Stanford ou Santa Clara, côté Ouest, Harvard ou MIT côté Est. Une Silicon Valley européenne ? Identifions et développons, le socle initial. En France : le plateau de Saclay est un bon candidat. Centres de recherches, infrastructures, culture d’innovation, etc., il dispose du plus grand condensé de chercheurs en Europe. Une bonne base.
Mais, l’Europe ne doit pas reposer sur un seul pied, un second pôle est nécessaire : en France ? Trop prétentieux. Des Silicon Valley en Europe : Arlésiennes ? Certes, car on en a beaucoup parlé et on ne les a pas beaucoup vu. Un mirage ? Surtout pas. Un objectif à court terme ? Oui, mais le temps doit être jugé à l’aune des projets de ce type.

Arlésienne ? peut-être ; mirage ? non ; objectif à court terme ? oui ... mais moyen terme pour y parvenir ! Pourquoi cet optimisme ? Car nous avons beaucoup d’atouts : un contexte universitaire/écoles de haut niveau, un réseau d’infrastructures de grande qualité, des expertises mondiales dans de nombreux domaines, un réseau d’investisseurs de proximité qui s’affirme, et un vrai tissu d’entrepreneurs.
Quel sera donc le catalyseur ? Croire que ce sera l’action publique est une hérésie. Tout autant que de penser que le salut viendra de la seule dynamique des entreprises. L’addition des facteurs, élément-clé de la réussite, reposera nécessairement sur un projet concret fédérateur. Ce projet pourrait -devrait- être la création d’une centrale numérique en France (cloud computing) : c’est un enjeu majeur dans la chaîne de valeur informatique de demain, qui nécessitera la réunion de compétences diverses (infrastructures, calcul haute performance, logiciels, services,…), et une logique économique et stratégique impliquant un véritable partenariat entre les industriels, les pouvoirs publics et le monde universitaire.
Une opportunité fantastique d’une combinaison fructueuse des facteurs de réussite pour la création d’une « Silicon Valley », et donc quel formidable challenge !
La concentration géographique perd de son sens. Pour se poser cette question, il faut tout d'abord s'entendre sur ce qui a fait le succès de la Valley, si ces "recettes" peuvent fonctionner dans un autre contexte et si finalement elles sont encore véritablement un objectif en 2010. Ce qui caractérise de façon impressionnante la Silicon Valley, c’est la concentration dans une zone géographique limitée de la plupart des acteurs les plus influents des technologies contemporaines mondiales.
L’histoire de la Silicon Valley ne croise pourtant pas celle d’un équivalent à notre commission européenne ou nos instances locales d’état, c’est un mélange de conditions géographiques favorables, d’universités particulièrement pointues, d'un dynamisme des entreprises locales et du rayonnement de leur succès au niveau international. Ce n’est d’ailleurs pas une histoire purement américaine puisque la moitié environ des ingénieurs, développeurs et créateurs sont étrangers, notamment européens, sans aucune barrière linguistique et pour au final une réflexion plus globale que locale.
De fait, aujourd'hui, à l'heure de la dématérialisation et du réseau, la concentration géographique perd de son sens, la Silicon Valley d'aujourd'hui pourrait être entièrement virtuelle et délocalisée, non plus une valley mais un Silicon Cloud qui est peut-être la chance de l'Europe à moyen terme de faire coexister ses réalités locales, ses langues et ses spécificités.
Une Arlésienne. Les succès de la Silicon Valley, et de la route 128 autour de Boston précédemment, ont été dus à la conjonction de nombreux facteurs, en particulier de grandes universités alliant recherche fondamentale, enseignement de pointe et recherche appliquée, une culture entrepreneuriale qui encourage la prise de risques, et une industrie du « venture capital ».
La Silicon Valley viendra dans les pays Européens qui auront réussi à mettre ces éléments en place ; pour la plupart d’entre eux, c’est un travail de longue haleine.

La méthode employée pour cloner la Silicon Valley a été systématiquement de regrouper géographiquement différents intervenants (pouvoir publics, acteurs financiers, sociétés innovantes, grands groupes technologiques etc.) et espérer que tous ces ingrédients se combinent et réagissent pour recréer cette dynamique irrésistible californienne. Espoirs systématiquement déçus et qui le resteront tant que l’on ne comprendra pas que le modèle de la Silicon Valley demande pour fonctionner non seulement une unité de lieu mais aussi d’action et de temps.
L’unité d’action se résume dans le fait que la Silicon Valley ne vit qu’au travers de ses start-up, de ses laboratoires et des cours du Nasdaq, le reste ne comptant que peu. Quant à l’unité de temps, elle implique que tous les acteurs vivent au présent et au même rythme ; elle est source de ce dynamisme, de cette spontanéité et de ce sentiment d’urgence que l’on ne retrouve que rarement de ce côté ci de l’atlantique.
Ce modèle social, seul à même de faire fonctionner une Silicon Valley hors la Silicon Valley, semble hélas un peu trop simpliste pour notre amour de la complexité et du passé mais rappelons nous que l’on a déjà écrit en Europe de magnifiques histoires respectant ces trois unités.

L’Europe doit prendre conscience que pour exister, puis peser dans la compétition mondiale, elle devra mutualiser les compétences disséminées sur les territoires et mobiliser toutes ses ressources pour faire émerger de vrais clusters européens basés sur des filières d’acteurs stratégiques.
L’émergence d’une Silicon Valley européenne est conditionnée par l’élaboration d’une véritable stratégie industrielle. Les industriels des secteurs de l’énergie et du numérique, réunis au sein de l’Orgalime, en sont conscients et mènent résolument les actions nécessaires pour transformer l’Arlésienne en objectif court-terme. Ils travaillent depuis longtemps déjà en étroite coordination avec la Commission européenne au sein d’un groupe de haut-niveau appelé Electra qui a posé les bases nécessaires pour préparer l’avenir.
Ce travail prospectif a permis d’impulser et d’amplifier la réflexion à mener pour établir une stratégie industrielle européenne dans un rapport dont les conclusions viennent d’ailleurs d’être reprises dans une Communication de la Commission.
Ceci n’est qu’un début : peut-être verra-t-on bientôt l’Arlésienne ?
Pourquoi faire référence aux mêmes concepts, et ce, de façon récurrente. La France n'est pas la Californie, nos vallées sont des plateaux, nos singularités nous étouffent. Pour nous remettre en marche, les « salons » des lumières du futur devront être d’une autre nature et répondre à d’autres nécessités... Nous avons la recherche, nous avons les grandes entreprises, mais nous avons perdu la créativité. Nous ne faisons plus rêver !
Nous ne savons pas transformer les technologies en opportunité sociales. Nos entreprises n’arrivent plus à proposer des usages désirables des technologies au grand public. L’époque est à l’imagination d’autres modèles, agiles et légers; des constellations de « salons de création pluridisciplinaire », centrées sur ce que nous avons oublié : l'invention, la conception innovante, l'imaginaire et l'esprit d’entreprendre ouverts sur la société et parmi les hommes. Comprendre, expliquer, découvrir n'est pas innover. Il faut lisser et réinventer le passage des labos aux propositions de produits et de pratiques. Notre enjeu spécifique est de réapprendre à être des créateurs. N’est-ce pas notre histoire ?
La finalité des technologies doit être repensée. Nous saurons alors imaginer avec elles, le chemin de la société, du grand public et des produits, services et pratiques adéquates, soutenables et désirables. Le design nous y aidera, alors, peut-être nous ferons rêver à nouveau...